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seule de ces provinces, capable de donner une idée des autres : heureusement je puis parler en détail de celle qui est la plus intéressante, du Péloponnèse ; nom qui excitera l’attention de tous les amateurs de l’antiquité.

État du Péloponnèse.

Dès le huitième siècle, et durant le règne orageux des iconoclastes, [Des Esclavons.]des bandes d’Esclavons qui devancèrent l’étendard royal de la Bulgarie, avaient inondé la Grèce et même le Péloponnèse[1]. C’étaient des étrangers, Cadmus, Danaüs et Pélops, qui avaient jeté autrefois sur ce sol fertile les germes de la civilisation et des lumières ; mais les sauvages du Nord extirpèrent complètement les restes de ces racines épuisées. Cette irruption changea le pays et les habitans ; le sang grec perdit de sa pureté, et les nobles les plus fiers du Péloponnèse reçurent les noms injurieux d’étrangers et d’esclaves Sous les règnes suivans, on parvint à débarrasser en partie cette terre des Barbares qui la souillaient ; le petit nombre de ceux qu’on y laissa furent enchaî-

  1. Εσθλαβωθη δε πασα η χωρα και γεγονε βαρβαρος, dit Constantin (Thematibus, l. II, c. 6, p. 25), dans un style aussi barbare que son idée, et auquel il ajoute, selon son ordinaire, une ridicule épigramme. L’écrivain qui nous a donné des épitomes de Strabon, observe aussi και νυν δε πασαν Ηπειρον, και Ελλαδα σχεδον και Μακςδονιαν, και Πελοποννησον Σκυθαι Σκλαζοι νεμονται (l. VII, p. 98, édition de Hudson). Dodwell, à propos de ce passage (Geogr. minor., t. II, Dissert., 6, p. 170-191), raconte d’une manière fatigante les incursions des Esclavons, et il fixe à l’année 980 l’époque de ce commentateur de Strabon.