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malheur s’était accru du triomphe des fatimites, descendans vrais ou faux d’Ali : ces rivaux fortunés, venus des extrémités de l’Afrique, avaient anéanti en Égypte et en Syrie l’autorité spirituelle et temporelle des Abbassides, et le monarque du Nil insultait l’humble pontife des bords du Tigre.

Entreprise des Grecs. A. D. 960.

Au déclin de l’empire des califes, durant le siècle qui s’écoula après la guerre de Théophile et de Motassem, les hostilités des deux nations se bornèrent à quelques incursions par terre et par mer, effets de leur voisinage et de leur haine irréconciliable ; mais les agitations convulsives qui déchirèrent l’Orient tirèrent les Grecs de leur léthargie, en leur offrant l’espérance de la victoire et de la vengeance. L’empire de Byzance, depuis l’avénement de la race de Basile, s’était maintenu en paix et sans perdre de sa dignité ; il pouvait attaquer avec la totalité de ses forces de petits émirs dont les états se trouvaient en même temps attaqués ou menacés d’un autre côté par d’autres musulmans. Les sujets de Nicéphore Phocas, prince aussi renommé à la guerre que détesté du peuple, lui donnèrent, dans leurs acclamations, les titres emphatiques d’Étoile du matin et de Mort des Sarrasins[1]. Dans son emploi de grand domestique ou

  1. Luitprand, dont le caractère irascible était aigri par les malheurs de sa position, indique des noms de reproche et de mépris plus convenables à Nicéphore que les vains titres imaginés par les Grecs : Ecce venit stella matutina, surgit Eous, reverberat obtutu solis radios, pallida Saracenorum mors, Nicephorus μεδων.