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se terminaient, ainsi qu’à présent, par un sacrifice de brebis et de chameaux, dont on enterrait la laine et les ongles dans le terrain sacré. Les diverses tribus trouvaient ou introduisaient dans la Caaba les objets de leur culte particulier. Ce temple était orné ou déshonoré par trois cent soixante idoles représentant des hommes, des aigles, des lions et des gazelles ; celle qu’on remarquait le plus était la statue d’Hebal, d’agate rouge, qui ternit en sa main sept flèches sans têtes ou plumes, instrumens et symboles d’une profane divination ; mais cette statue était un monument de l’art des Syriens. La dévotion des temps plus grossiers s’était contentée d’une colonne ou d’une tablette, et les rochers du désert furent taillés en forme de dieux ou d’autels, à l’imitation de la pierre noire de la Mecque[1], fortement soupçonnée d’avoir été originairement l’objet d’un culte idolâtre. [Sacrifices et cérémonies religieuses.]Du Japon au Pérou on a adopté l’usage des sacrifices, et pour exprimer sa reconnaissance ou sa crainte, le dévot a détruit ou consumé en l’honneur des dieux

  1. Maxime de Tyr, qui vivait au second siècle, attribue aux Arabes le culte d’une pierre. Αραβιοι σεβουσι μεν, οντινα δε ο‍υκ οιδα, το δε αγαλυα ειδον ; λοθος ην τετραγωνος (Dissert. 8, t. I, p. 142, édit. Reiske) ; et les chrétiens ont répété ce reproche avec une grande véhémence (Clément d’Alex. in Protreptico, p. 40 ; Arnobe, Contra gentes, liv. VI, p. 246). Cependant ces pierres n’étaient que les Βαιτυλα de la Syrie et de la Grèce, si renommés dans l’antiquité sacrée et profane (Eusèb., Præp. Evangel., l. I, p. 37 ; Marsham, Canon. chron., p. 54-56).