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dans les prières publiques ils conservèrent le nom et les titres du commandeur des fidèles, on s’aperçut à peine que l’autorité avait changé de mains. Mais dans le long exercice d’un pouvoir héréditaire, ils prirent l’orgueil et les attributs de la royauté : la paix ou la guerre, les récompenses ou les châtimens dépendaient de leur seule volonté, et les revenus de leur gouvernement n’étaient plus employés que pour le service du pays ou pour soutenir la magnificence du gouverneur ; au lieu de contributions effectives en hommes et en argent, les successeurs du prophète en reçurent comme un témoignage de soumission propre seulement à flatter leur orgueil, un éléphant, une volée de faucons, un assortiment de tapisseries de soie ou quelques livres de musc et d’ambre[1].

Les dynasties indépendantes.

Après que l’Espagne se fut affranchie du joug temporel et spirituel des Abbassides, on vit éclater dans la province d’Afrique les premiers symptômes de la désobéissance. Ibrahim, fils d’Aglab, lieutenant du vigilant et sévère Haroun, légua son nom et son

  1. On peut étudier les dynasties de l’empire arabe, en cherchant dans les Annales d’Elmacin, d’Abulpharage et d’Abulféda, les dates correspondantes aux événemens, et dans le Dictionnaire de d’Herbelot, les noms sous lesquels sont rangés les différens articles. Les Tables de M. de Guignes (Hist. des Huns, t. I) offrent une chronologie générale de l’Orient, entremêlée de quelques anecdotes historiques ; mais le patriotisme l’a conduit à confondre les époques et les lieux.