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tenir l’ancienne et la nouvelle Rome, toujours pures, heureuses et imprenables[1].

La guerre d’Amorie entre Théophile et Motassem. A. D. 838.

L’empereur Théophile, fils de Michel-le-Bègue, est un des princes les plus actifs et les plus courageux qui aient occupé dans le moyen âge le trône de Constantinople. Il marcha cinq fois en personne contre les Sarrasins dans des guerres, soit offensives, soit défensives ; redoutable dans l’attaque, il obtint même, par ses défaites, l’estime de ses ennemis. Dans la dernière de ses expéditions, il pénétra en Syrie, et assiéga la ville obscure de Sozopetra, où par hasard était né le calife Motassem, dont le père Haroun se faisait toujours accompagner, soit en paix, soit à la guerre, de celle de ses femmes et de ses concubines qu’il aimait le plus. La révolte d’un imposteur persan occupait alors les armes des Sarrasins, et il ne put qu’intercéder en faveur d’une ville pour laquelle il avait une sorte d’attachement filial. Ses sollicitations déterminèrent l’empereur à blesser son orgueil en un point si sensible. Sozopetra fut rasée ; ses habitans furent mu-

  1. Les Arabes et les Grecs gardent également le silence sur ce qui a rapport à l’invasion de Rome par les Africains. Les Chroniques latines ne fournissent pas beaucoup d’instruction (voyez les Annales de Baronius et Pagi). Anastase, bibliothécaire de l’Église romaine, historien contemporain, est le guide authentique que nous avons suivi pour l’histoire des papes du neuvième siècle. Sa Vie de Léon IV contient vingt-quatre pages (p. 175-109, édit. de Paris) ; et si elle se compose en grande partie de minuties superstitieuses, nous devons à la fois blâmer et louer son héros de s’être trouvé plus souvent dans une église que dans un camp.