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femmes et leurs enfans, à Porto, ville située à l’embouchure du Tibre, qui tombait en ruines, et qu’il répara pour eux ; les champs et les vignobles de son territoire furent partagés entre les nouveaux colons ; pour aider leurs premiers efforts, il leur donna des chevaux et du bétail, et ces braves exilés, respirant la vengeance contre les Sarrasins, jurèrent de vivre et de mourir sous l’étendard de saint Pierre. Les pèlerins de l’occident et du nord qui venaient visiter le tombeau des apôtres, avaient formé peu à peu le vaste faubourg du Vatican ; et selon le langage du temps, on distinguait leurs habitations par le nom d’écoles des Grecs et des Goths, des Lombards et des Saxons ; mais cette respectable enceinte était toujours exposée sans défense à l’insulte des sacriléges ; l’autorité épuisa tout son pouvoir et la charité toutes ses aumônes, à l’environner de murs et de tours ; pendant quatre années que dura ce pieux travail, on vit à toutes les heures et dans toutes les saisons l’infatigable pontife exciter les travailleurs par sa présence. [Fondation de la cité Léonine. A. D. 852.]Le nom de cité Léonine, qu’il donna au Vatican, laisse apercevoir l’amour de la célébrité, passion généreuse mais terrestre : au reste, des actes de pénitence et d’humilité chrétienne tempérèrent l’orgueil de cette dédicace. Le pape et son clergé parcoururent nu-pieds, et sous le sac et la cendre, l’enceinte marquée pour la nouvelle ville ; les chants de triomphe furent des psaumes et des litanies ; on répandit l’eau sainte sur les murs, et à la fin de la cérémonie, Léon pria les apôtres et l’armée des anges de main-