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surpris que le clergé, qui doit à Charles Martel son existence, n’ait pas canonisé ou du moins n’ait pas comblé d’éloges le sauveur de la chrétienté, mais dans la détresse publique, le maire du palais s’était vu contraint d’employer au service de l’état et au paiement des soldats, les richesses ou du moins les revenus des évêques et des abbés. On oublia son mérite pour ne se souvenir que de son sacrilége ; et un concile de France osa déclarer, dans une lettre à un prince Carlovingien, que son aïeul était damné, qu’à l’ouverture de son tombeau une odeur de feu et la vue d’un horrible dragon avaient effrayé les spectateurs, et qu’un saint personnage du temps avait eu le plaisir de voir l’âme et le corps de ce sacrilége brûlant de toute éternité dans les abîmes de l’enfer[1].

Élévation des Abbassides. A. D. 746-750.

La perte d’une armée et d’une province en Occident fit moins d’impression à la cour de Damas que l’élévation et les progrès d’un rival domestique. Excepté chez les Syriens, la maison d’Ommiyah

    à la construction de la mosquée de Cordoue (de Guignes, Hist. des Huns, t. I, p. 354).

  1. Cette lettre pastorale, adressée à Louis-le-Germanique, petit-fils de Charlemagne, et vraisemblablement composée par l’artificieux Hincmar, est datée de l’an 858, et signée par les évêques des provinces de Reims et de Rouen (Baronius, Annal. ecclés., A. D. 741 ; Fleury, Hist. ecclés., t. X, p. 514-516). Cependant Baronius lui-même et les critiques français rejettent avec mépris cette fable inventée par des évêques.