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Le christianisme toléré par les musulmans.

Onze siècles se sont écoulés depuis le règne de Mahomet, et les juifs et les chrétiens de l’empire turc jouissent de la liberté de conscience que leur accordèrent les califes arabes. Aux premiers temps de la conquête, les califes soupçonnèrent la fidélité des catholiques, que leur nom de Melchites faisait accuser d’un attachement secret à l’empereur grec, tandis que les nestoriens et les jacobites, ses ennemis invétérés, montraient pour les musulmans un attachement sincère et cordial[1] ; mais le temps et la soumission dissipèrent ces inquiétudes partielles ; les catholiques et les mahométans se partagèrent les églises de l’Égypte[2], et toutes les sectes de l’Orient se trouvèrent comprises dans une tolérance générale. Le magistrat civil protégeait la dignité, les immunités et l’autorité des patriarches, des évêques et du clergé : les particuliers pouvaient arriver par leur savoir aux : emplois de secrétaires et de mé-

  1. Absit (disaient les catholiques au vizir de Bagdad) ut pari loco habeas Nestorianos, quorum præter Arabas nullus alius rex est, et Græcos quorum reges amovendo Arabibus bello non desistunt, etc. Voy. dans les Recueils d’Assemani (Bibl. orient., t. IV, p. 94-101) l’état des nestoriens sous les califes. La dissertation préliminaire du second volume d’Assemani expose d’une manière plus concise celui des jacobites.
  2. Eutych., Annal., t. II, p. 384, 387, 388 ; Renaudot, Hist. patr. Alex., p. 205, 206, 257, 332. Le premier de ces patriarches grecs, professant quelques points de l’hérésie des monothélites, pouvait être moins fidèle aux empereurs, et moins suspect aux Arabes.