Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 10.djvu/341

Cette page a été validée par deux contributeurs.


gueil d’un prince maure. Il assure le sultan qu’il adore le même Dieu que lui ; il ajoute qu’il espère le trouver un jour dans le sein d’Abraham ; mais ses plaintes sur ce qu’on ne pouvait pas rencontrer trois évêques pour en consacrer un quatrième, annonçaient la prompte et inévitable ruine de l’ordre épiscopal. [Et de l’Espagne. A. D. 1149, etc.]Les chrétiens d’Afrique et d’Espagne s’étaient soumis depuis long-temps à la circoncision ; depuis long-temps ils s’abstenaient de vin et de porc, et on leur donnait le nom de Mozarabes[1] ou d’Arabes adoptifs, parce que leurs usages civils et religieux se rapprochaient de ceux des musulmans[2]. Vers le milieu du douzième siècle, le culte du Christ et la suite des pasteurs de cette communion cessèrent entièrement sur la côte de Barbarie, et dans les royaumes de Cordoue et de Séville, de Valence et de

  1. Mozarabes ou Mostarabes, adscititii, ainsi qu’on rend ce mot en latin (Pococke, Specim. Hist. Arabum, p. 39, 40 ; Bibl. arab.-hispana, t. II, p. 18). La liturgie mozarabique que suivait autrefois l’Église de Tolède, a été attaquée par les papes, et exposée aux épreuves incertaines du glaive et du feu (Marian., Hist. Hispan., t. I, l. IX, c. 18, p. 378) : elle est en langue latine ; mais au onzième siècle on jugea nécessaire (A. Æ. C. 1607, A. D. 1039) de faire une version arabe des canons des conciles d’Espagne (Bibl. arab.-hispan., t. I, p. 547), pour les évêques et le clergé des contrées soumises aux Maures.
  2. Vers le milieu du dixième siècle, l’intrépide envoyé de l’empereur Othon Ier reprocha au clergé de Cordoue cette criminelle condescendance (Vit. Johann. Gorz, in sec. Benedict. V, no 115, ap. Fleury, Hist. ecclés., t. XII, p. 91).