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arches brisées d’un aquéduc ne guidaient les pas du voyageur qui les cherche[1].

Les musulmans achèvent la conquête de l’Afrique. A. D. 698-709.

Les Grecs avaient été chassés, mais les Arabes n’étaient pas encore maîtres du pays. Les Maures ou Barbares[2], si faibles sous les premiers Césars, et si redoutables depuis aux princes de Byzance, opposaient dans les provinces intérieures une résistance

  1. Léon l’Africain, fol. 71, verso ; 72, recto ; Marmol, t. II, p. 415-447 ; Shaw, p. 80.
  2. On peut distinguer quatre époques dans l’histoire du nom de Barbare ; 1o. au temps d’Homère, où les Grecs et les habitans de la côte d’Asie se servaient peut-être d’un idiome commun, le son imitatif de barbar devint un nom qu’on donna à celles d’entre les tribus qui étaient les plus grossières, et qui avaient la prononciation la plus désagréable et la grammaire la plus défectueuse. Καρες Βαρβαροφωνοι (Iliad. II, 867, avec le Scholiaste d’Oxford, les Notes de Clarke et le Trésor grec de Henri Étienne, t. I, p. 720). 2o. Dès le temps dHérodote au moins, on l’appliqua à toutes les nations qui étaient étrangères à la langue et au nom des Grecs. 3o. Au siècle de Plaute, les Romains se soumirent à l’insulte (Pompeius-Festus, l. II, p. 48, edit. de Dacier), et ils se donnaient eux-mêmes le nom de Barbares. Ils vinrent peu à peu à prétendre que cette dénomination ne convenait pas à l’Italie et aux provinces, qu’ils avaient assujetties ; et enfin ils le donnèrent uniquement aux peuples sauvages ou ennemis qui se trouvaient au-delà de l’enceinte de l’empire. 4o. Il convenait aux Maures sous tous les rapports. Les conquérans arabes empruntèrent ce mot de la langue des Romains établis dans les provinces, et il est devenu une dénomination locale pour les peuples établis le long de la côte septentrionale de l’Afrique qu’on a nommée Barbarie.