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commandement et qui avait échoué dans son entreprise, était conduit prisonnier dans le camp d’Akbah ; les insurgens, comptant sur son mécontentement et ses désirs de vengeance, avaient songé à le faire servir à leurs desseins ; mais il dédaigna leurs offres et révéla la conspiration. Lorsque Akbah se vit environné de toutes parts, il brisa les fers du captif et lui conseilla de se retirer ; mais celui-ci déclara qu’il aimait mieux mourir sous le drapeau de son rival. Alors se tenant tous deux embrassés comme des amis et des martyrs, ils saisirent leurs cimeterres, en brisèrent les fourreaux, et combattirent jusqu’au moment où ils tombèrent enfin l’un à côté de l’autre, après avoir vu massacrer jusqu’au dernier de leurs compatriotes. Zobeir, qui fut le troisième général ou le troisième gouverneur de l’Afrique, vengea la mort de son prédécesseur et eut la même destinée. Il remporta plusieurs victoires sur les naturels du pays ; mais il fut accablé par une grande armée que Constantinople envoya au secours de Carthage.

Fondation de Cairoan. A. D. 670-675.

Il arrivait souvent que les tribus des Maures se réunissaient aux troupes des Arabes, prenaient part à leur butin, se soumettaient à leur religion ; mais dès qu’ils se retiraient ou essuyaient un échec, elles retournaient à leur sauvage indépendance et à leur idolâtrie. Akbah avait songé prudemment à établir une colonie d’Arabes au centre de l’Afrique ; il pensait qu’une ville fortifiée contiendrait la légèreté des Barbares, et serait un lieu de sûreté où, pendant la guerre, les Sarrasins pourraient mettre