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servé le nom, et qui est aujourd’hui la capitale de la troisième des puissances barbaresques. Un renfort de Grecs fut surpris et taillé en pièces sur la côte de la mer ; mais les fortifications de Tripoli résistèrent aux premiers assauts, [Le préfet Grégoire et sa fille.]et l’approche du préfet Grégoire[1] engagea les Sarrasins à abandonner les travaux du siége, pour livrer une bataille décisive, S’il est vrai que Grégoire fût, comme on le dit, à la tête d’une armée de cent vingt mille hommes, les troupes régulières de l’empire devaient se trouver perdues dans cette armée formée d’un ramas de Maures et d’Africains nus et indisciplinés, qui en faisaient la force ou plutôt la masse. Il rejeta avec indignation la proposition d’adopter la religion du Koran ou de payer un tribut ; et durant plusieurs jours les deux armées combattirent avec acharnement depuis la pointe du jour jusqu’à midi, époque où la fatigue et l’excès de la chaleur les forçaient à chercher du repos dans leurs camps respectifs. On dit que la fille de Grégoire, jeune personne d’une incomparable beauté et d’un grand courage, combattait à côté de son père : dès sa première jeunesse elle avait été instruite à diriger un cheval, à lancer des traits et à manier le cimeterre ; elle se faisait remarquer dans les premiers rangs par la richesse de ses armes et de ses vêtemens. On promit sa main et

  1. Voy. Théophane, qui fait mention de la défaite plutôt que de la mort de Grégoire. Il donne au préfet le nom flétrissant de Τυραννος ; il est vraisemblable que Grégoire avait pris la pourpre (Chronograph., p. 285).