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fin on renverrait à la sagesse et à la justice du calife la décision de cette affaire. La plus grande partie des habitans accepta la promesse qui leur fut faite de tolérer leur religion, et la charge de payer un tribut. Il y a encore vingt mille chrétiens à Damas : mais le valeureux Thomas et les braves patriotes qui avaient combattu sous sa bannière, préférèrent la pauvreté et l’exil. Des prêtres et des laïques, des soldats et des citoyens, des femmes et des enfans, formèrent un camp nombreux dans une prairie voisine de la ville : ils y portèrent à la hâte, et remplis de terreur, leurs effets les plus précieux, et abandonnèrent avec de douloureuses lamentations, ou avec le silence du désespoir, leur terre natale et les agréables rives du Pharphar. Le spectacle de leur détresse n’émut point l’impitoyable Caled ; il disputa aux habitans de Damas la propriété d’un magasin de blé ; il s’efforça de priver la garnison des avantages du traité ; il ne permit qu’avec répugnance à chacun des fugitifs de s’armer d’une épée, d’une lance ou d’un arc, et déclara durement qu’au bout de trois jours ses soldats pourraient les poursuivre, et les traiter en ennemis des musulmans.

Poursuite des habitans de Damas.

La passion d’un jeune Syrien acheva la ruine des exilés de Damas. Un noble citoyen de cette ville, appelé Jonas[1], avait été fiancé à une jeune fille

  1. La destinée de ces deux amans a fourni à M. Hughes, qui les nomme Phocyas et Eudoxie, le sujet d’une de nos tragédies anglaises les plus généralement goûtées ; elle a le rare mérite de présenter les sentimens de la nature et les