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de la province de Bahrein, bâtie par les exilés de la Chaldée qui, dit-on, employèrent pour matériaux un rocher de sel[1]. On les conduisait ensuite, avec les perles du golfe Persique, sur des radeaux, jusqu’à l’embouchure de l’Euphrate. La Mecque se trouve presque à une égale distance, c’est-à-dire à trente journées de marche de l’Yémen qui est à sa droite, et de la Syrie qui est à sa gauche. Ces caravanes se reposaient l’hiver dans l’Yémen, et l’été dans la Syrie ; et leur arrivée dispensait les vaisseaux de l’Inde de l’ennuyeuse et pénible navigation de la mer Rouge. Les chameaux des Koreishites revenaient des marchés de Saana et de Mérab, et des havres d’Oman et d’Aden, chargés d’aromates précieux. Les foires de Bostra et de Damas fournissaient à la Mecque du blé et des ouvrages de leur industrie : ces échanges lucratifs répandaient l’abondance et la richesse dans les rues de cette ville ; et les plus nobles de ses enfans réunissaient l’amour des armes et la profession du commerce[2].

Indépendance nationale des Arabes.

Les étrangers et les naturels du pays ont fait de l’indépendance perpétuelle des Arabes le sujet de leurs

  1. Strabon, l. XVI, p. 1110. D’Herbelot (Bibl. orient., p. 6) indique une de ces maisons de sel près de Bassora.
  2. Mirum dictu ex innumeris populis pars æqua in COMMERCIIS aut latrociniis degit (Pline, Hist. nat., VI, 32). Voyez le Koran de Sale, Sura 106, p. 503 ; Pococke, Spec., p. 2 ; d’Herbelot, Bibl. orient., p. 361 ; Prideaux, Vie de Mahomet, p. 5 ; Gagnier, Vie de Mahomet, t. I, p. 72-120, 126, etc.)