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palais de l’Orient. Les Sarrasins ne connaissant ni la propriété ni le nom de cette gomme odoriférante, la prirent pour du sel ; ils en mirent dans leur pain, et furent étonnés de son amertume. Un tapis de soie de soixante coudées de longueur et d’autant de largeur, décorait un des appartemens du palais : il représentait un paradis ou jardin ; on y voyait des fleurs, des fruits et des arbrisseaux, brodés en or ou figurés par des pierres précieuses, et le tout environné d’une bordure verdoyante nuancée de différentes couleurs. Le général arabe, persuadé avec raison que le calife pourrait voir avec plaisir ce bel ouvrage de la nature et de l’art, détermina ses soldats à renoncer à cette partie du butin. Le rigide Omar, sans s’occuper du mérite de l’art et de la magnificence royale déployée dans cette composition, en partagea les fragmens à ses frères de Médine. Le tableau fut détruit ; mais telle était le prix de la matière, que la seule portion d’Ali se vendit vingt mille drachmes. Un mulet qui emportait la tiare et la cuirasse, la ceinture et les bracelets de Chosroès, fut arrêté ; on offrit ce brillant trophée au commandeur des fidèles, et les plus graves d’entre ses compagnons sourirent en voyant la barbe blanche, les bras couverts de poils et la figure grossière de ce vieux soldat revêtu des dépouilles du grand roi[1]. [Fondation de Cufa.]Après le sac de Ctésiphon, cette ville, bientôt abandonnée,

  1. Voyez Gagnier, Vie de Mahomet, t. I, p. 376, 377. Je puis croire le fait sans ajouter foi à la prophétie.