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d’un mélange de sang arabe[1]. Les Bédouins conservent avec des soins superstitieux le souvenir de l’histoire et des succès de la race la plus pure. Les mâles se vendent fort cher, mais les femelles s’aliènent rarement, et la naissance d’un noble poulain est un sujet de joie et de félicitation parmi les tribus. Ces chevaux sont élevés dans des tentes au milieu des enfans des Arabes, et dans une tendre familiarité qui nourrit en eux des habitudes de douceur et d’attachement. Ils n’ont que deux allures, le pas et le galop : leurs sensations ne sont point émoussées par les continuelles atteintes du fouet ou de l’éperon ; on réserve leur force pour les momens de la fuite ou de la poursuite ; mais dès qu’ils sentent la main ou l’étrier, ils s’élancent avec la légèreté du vent ; et si dans sa course rapide leur ami se trouve renversé, à l’instant même ils s’arrêtent jusqu’à ce que le cavalier se soit remis en selle. [Le chameau.]Dans les sables de l’Afrique et de l’Arabie le chameau est un présent du ciel et un animal sacré. Ce fort et patient animal, des-

  1. Voyez, sur les chevaux arabes, d’Arvieux (p. 159-173), et Niebuhr (p. 142-144). À la fin du treizième siècle, les chevaux de Neged passaient pour avoir le pied sûr ; ceux de l’Yémen, pour avoir de la force et être les plus utiles, et ceux de Hejaz paraissaient avoir la plus belle apparence. Les chevaux de l’Europe, qu’on reléguait dans la dixième et dernière classe, étaient généralement méprisés : on leur reprochait d’avoir trop de corps et trop peu de courage (d’Herbelot, Biblioth. orient., p. 339) ; ils avaient besoin de toutes leurs forces pour porter le cavalier et son armure.