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Règne de Moawiyab. A. D. 655 ou 661-680.

Les persécuteurs de Mahomet usurpèrent l’héritage de ses enfans, et les défenseurs de l’idolâtrie devinrent les chefs suprêmes de sa religion et de son empire. L’opposition d’Abu-Sophian avait été violente et opiniâtre ; sa conversion fut tardive et forcée ; mais l’ambition et l’intérêt l’affermirent dans la foi qu’il venait d’embrasser ; il servit, il combattit, peut-être crut-il, et les nouveaux mérites de la famille d’Ommiyah firent oublier les torts de son ancienne ignorance. Moawiyah, fils d’Abu-Sophian et de la cruelle Henda, avait été honoré, dès sa première jeunesse, des fonctions ou du titre de secrétaire du prophète. Le judicieux Omar lui ayant donné le gouvernement de la Syrie, il administra plus de quarante ans cette importante province, soit en qualité d’agent subordonné ou de chef suprême, sans renoncer à la réputation d’homme vaillant et libéral ; il rechercha surtout celle d’homme humain et modéré. La reconnaissance attacha le peuple à son bienfaiteur, et les musulmans victorieux s’enrichirent des dépouilles de Chypre et de Rhodes ; le devoir sacré de poursuivre les assassins d’Othman fut le mobile et le prétexte de son ambition. Il exposa dans la mosquée de Damas la chemise ensanglantée du martyr : l’émir déplora le sort de son allié, et soixante mille Syriens jurèrent de lui demeurer fidèles et de venger Othman. Amrou, vainqueur de l’Égypte, qui lui seul valait une armée, fut le premier à saluer le nouveau monarque, et il divulgua ce dangereux secret, qu’on pouvait créer les califes arabes ailleurs