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tion des soldats étrangers, et exigea le consentement, sinon volontaire, du moins formel des chefs de la nation. On ne l’a jamais accusé d’avoir eu part à l’assassinat d’Omar, quoique la Perse célèbre indiscrètement la fête du meurtrier de ce calife. Ali avait d’abord employé sa médiation à accommoder la querelle d’Othman et de ses sujets, et Hassan, l’aîné de ses fils, fut insulté et blessé en défendant le calife. Au reste, il est douteux qu’Ali ait été bien ferme et bien sincère dans son opposition aux rebelles, et il est sûr qu’il profita de leur crime. Un tel appât était capable d’ébranler et de corrompre la vertu la mieux affermie. Ce n’était pas seulement sur la stérile Arabie que s’étendait le sceptre des successeurs de Mahomet ; les Sarrasins avaient été vainqueurs en Orient et en Occident ; les riches contrées de la Perse, de la Syrie et de l’Égypte, étaient le patrimoine du commandeur des fidèles.

Règne d’Ali. A. D. 655-660.

Une vie passée dans la prière et la contemplation n’avait point refroidi la guerrière activité d’Ali : parvenu à un âge mûr, avec une longue expérience de la vie, il laissait voir dans sa conduite la témérité et l’imprudence de la jeunesse. Les premiers jours de son administration, il négligea de s’assurer, par des bienfaits ou par des fers, la fidélité douteuse de Telha et de Zobeir, deux des chefs arabes les plus puissans. Ils se réfugièrent à la Mecque et ensuite à Bassora ; ils arborèrent l’étendard de la révolte, et s’emparèrent de la province d’Irak et de l’Assyrie, qu’ils avaient demandées en vain pour récompense