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Il aurait pu obtenir leur suffrage s’il eût daigné promettre de se conformer d’une manière rigoureuse et servile, non-seulement au Koran et à la tradition, mais aux résolutions des deux anciens[1]. [D’Othman. A. D. 644. Nov. 6.]Othman, qui avait été secrétaire de Mahomet, accepta le gouvernement à ces conditions, et ce ne fut qu’après le troisième calife, c’est-à-dire vingt-quatre ans après la mort du prophète, qu’Ali fut revêtu, par le choix du peuple, de la qualité de roi et de grand pontife. Les mœurs des Arabes n’avaient rien perdu de leur simplicité primitive, et le fils d’Abu-Taleb méprisa la pompe et les vanités de ce monde. À l’heure de la prière il se rendit à la mosquée de Médine, vêtu d’une légère étoffe de coton, la tête couverte d’un turban grossier, portant ses pantoufles d’une main, et de l’autre s’appuyant sur son arc qui lui tenait lieu de bâton. Les compagnons du prophète et les chefs des tribus saluèrent leur nouveau souverain, et lui présentèrent la main droite en signe de fidélité.

Discorde des Turcs et des Persans.

Les maux qu’entraînent les disputes de l’ambition se bornent, pour l’ordinaire, aux temps et aux lieux où s’élevèrent ces disputes ; mais la discorde religieuse des amis et des ennemis d’Ali, renouvelée à tous les siècles de l’hégyre, alimente encore aujour-

  1. Je présume que les deux anciens dont parlent Abulpharage (p. 115) et Ockley (t. I, p. 371) ne signifient pas deux conseillers en exercice, mais Abubeker et Omar, les deux prédécesseurs d’Othman.