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disputer ou de combattre, son éloquence et sa valeur subjuguaient tous ses adversaires. Depuis le premier moment de sa mission jusqu’à la dernière cérémonie de ses funérailles, l’apôtre ne fut jamais abandonné par cet ami généreux, qu’il se plaisait à nommer son frère, son vice-gérent, et le fidèle Aaron d’un second Moïse. On reprocha par la suite au fils d’Abu-Taleb d’avoir négligé ses intérêts, en ne se faisant pas déclarer d’une manière solennelle successeur au trône, ce qui aurait écarté toute concurrence, et donné à ses droits la sanction d’un arrêt du ciel ; mais le héros, sans défiance, comptait sur lui-même : la jalousie du pouvoir et peut-être la crainte de quelque opposition purent suspendre les résolutions de Mahomet ; et lors de sa dernière maladie, son lit fut assiégé par l’artificieuse Ayesha, fille d’Abubeker et ennemi d’Ali.

Règne d’Abubaker. A. D. 623. 7 Juin.

La nation recouvra ses droits par la mort et le silence de Mahomet, et on convoqua une assemblée pour délibérer sur le choix de son successeur. Les titres de naissance et la fierté de courage d’Ali blessaient l’esprit aristocratique des anciens, qui voulaient avoir à disposer souvent du sceptre par des élections libres et fréquentes. Les koreishites ne pouvaient souffrir l’orgueilleuse prééminence de la ligne de Hashem ; l’ancienne discorde des tribus se ralluma ; les fugitifs de la Mecque et les auxiliaires de Médine firent valoir leurs droits respectifs, et on proposa imprudemment de choisir deux califes indépendans, ce qui aurait étouffé dès son berceau la