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Caractère d’Ali.

La naissance d’Ali, son mariage et sa réputation, en le plaçant au-dessus de tous ses compatriotes, pouvaient justifier ses prétentions au trône de l’Arabie. Le fils d’Abu-Taleb était, par ce titre seul, chef de la famille de Hashem, et prince héréditaire ou gardien de la ville et du temple de la Mecque. La lumière des prophètes avait disparu ; mais le mari de Fatime pouvait espérer l’héritage et la bénédiction du père de sa femme : on avait vu quelquefois les Arabes obéir à une femme, et le prophète prenant tendrement ses deux petits-fils dans son sein, du haut de sa chaire, les avait quelquefois montrés au peuple comme l’espoir de sa vieillesse et les chefs de la jeunesse du paradis. Le premier des vrais croyans pouvait espérer de marcher devant eux en ce monde et dans l’autre ; et si quelques-uns se montraient plus graves et plus sévères, du moins parmi les nouveaux convertis, aucun ne pouvait surpasser le zèle et la vertu d’Ali. Il réunissait les qualités d’un poète, d’un soldat et d’un saint ; sa sagesse respire encore dans un recueil de sentences morales et religieuses[1], et lorsqu’il s’agissait de

    fidèlement les fables et les erreurs des Persans modernes (Voyages, t. II, p. 235-250, etc.).

  1. Ockley a donné à la fin de son second volume une version anglaise des cent soixante-neuf maximes qu’il attribue en hésitant à Ali, fils d’Abu-Taleb. On trouve dans sa préface tout l’enthousiasme d’un traducteur. Au reste, ces maximes offrent un tableau vrai, mais sombre, de la vie humaine.