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VIE DE SAINT CYPRIEN.

vant les cheveux blancs des vieillards, devant l’innocence de tout le peuple fidèle, il fallait rendre compte de ses désordres. Rébellion ouverte ou cachée contre le pasteur, profanation des choses saintes, turpitudes de la vie privée, apostasie publique, tous les crimes devaient être dévoilés et flétris. Les coupables prirent un parti digne de leur scélératesse. Ils excitèrent dans l’Église une nouvelle tempête pour échapper à la sentence qu’ils avaient méritée.

À la tête de ces hommes turbulents était Félicissime. Derrière lui se cachaient plusieurs prêtres rebelles, Novat, Fortunat, Félix, Jovinus, Maxime, etc. Des accusations de vol, d’adultère ou de parricide, pesaient sur la plupart d’entre eux. Il faut lire la correspondance de Cyprien pour voir quelles étaient les violences et les dissolutions d’un Novat ou d’un Félicissime, et à quels ennemis il avait à faire. Ce dernier se retira aux portes de Carthage avec une troupe de factieux dont il se proclama le chef. Il entraîna sur ses pas un grand nombre de ceux qui avaient failli dans la persécution, qu’il séduisit par l’espoir d’une réconciliation facile. Félicissime alla plus loin : il retrancha Cyprien de sa communion. Le saint évêque renvoya au déserteur la honte de son anathème, et le frappa, lui et tous les siens, au nom de l’autorité qui était déposée entre ses mains. Les coupables se chassèrent volontairement de l’Église, pressés d’exécuter contre eux-mêmes la juste sentence qui les atteignait.

L’illustre proscrit put enfin, après quinze mois d’exil, quitter sa retraite, témoin de tant de larmes et de prières, de tant de mystérieuses communications avec Dieu, où les bras du nouveau Moïse s’étaient levés constamment pour soutenir le courage des athlètes sacrés. Il arriva à Carthage, quelques semaines après la solennité pascale qui, dans l’année 251, s’était célébrée le 23 de mars. Son premier soin fut de travailler à cicatriser les plaies des Églises d’Afrique. Vers le milieu de mai de cette même année, les évêques des provinces maritimes se ras-