Page:Gavarni - Grandville - Le Diable à Paris, tome 4.djvu/93

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


parce que vous êtes un grand seigneur, et ce n’eût pas été convenable, parce que vous êtes un garçon d’une réputation assez hasardée.

« Allons donc, lui dit Sterny, et veuillez leur présenter mes respects. Mais, au fait, dit-il, j’allais sortir… J’irai jusqu’à leur voiture. Venez. »

Et sans attendre la réponse de Prosper, il prit son chapeau et descendit ; sa voiture était sous la voûte, et à son aspect le cocher cria au remise de Prosper, qui barrait la porte cochère, de se ranger, et fit caracoler ses chevaux. Une tête d’ange, penchée à la portière du remise, regardait cette belle voiture. En voyant Sterny qui venait de son côté suivi de Prosper, elle se retira vivement. C’était Lise. Léonce s’avança, se fit ouvrir la portière, et monté sur le marchepied il salua Mme Laloine, la femme de Prosper et Lise qui occupaient le fond de la voiture, tandis que M. Laloine et M. Tirlot, le garçon d’honneur, occupaient le devant. La présence de ce jeune homme au milieu de la famille de Prosper irrita Sterny : c’était un prétendu sans doute. Cependant il se fit aussi calme que possible, et dit à Mme Laloine :

« Je n’ai pas voulu, madame, perdre l’occasion de vous renouveler mes remercîments pour Prosper, et, si je n’avais craint de vous paraître importun, j’aurais été vous porter moi-même ceux de mon père.

— De votre père ? dit M. Laloine.

— Oui, monsieur, dit Sterny, c’est lui que je représentais au mariage de Prosper, et j’ai dû lui rendre compte de la mission dont il m’avait chargé. Je lui ai dit, monsieur, à quelle alliance honorable son filleul Prosper avait été admis ; il m’a répondu en me priant de vous offrir ses remercîments. »

Il n’y avait pas un mot de vrai dans tout ce petit récit ; mais il fut débité avec une telle bonne grâce, que M. et Mme Laloine en furent confus de vanité. Cependant Léonce avait à peine osé regarder Lise, et il n’eût pas eu la force de lui parler ; il n’avait plus rien à dire, et il se retira en disant :

« Je sais que vous avez beaucoup de visites à faire, je vous laisse.

— Oh ! ce n’est pas nous, dit M. Laloine, c’est Prosper et sa femme, et nous l’avons accompagné, parce qu’il eût perdu trop de temps s’il lui eût fallu venir nous reprendre rue Saint-Denis.

— Et vous allez ainsi rester pendant deux heures en voiture, gênés comme vous l’êtes ? dit Sterny, frappé d’une idée lumineuse. Ah ! Prosper n’est pas galant pour ces dames. En vérité, si j’osais, je proposerais