Page:Gavarni - Grandville - Le Diable à Paris, tome 4.djvu/89

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


sans lever les yeux sur elle. Il ne put donc voir le regard radieux dont s’était illuminé le visage de Lise, mais il vit sa main faire un mouvement involontaire comme pour prendre la sienne et le remercier.

Puis il s’éloigna sans vouloir regarder Lise ; ce ne fut qu’à l’autre extrémité du salon qu’il se retourna ; elle avait la main appuyée sur son sein et le regardait ; il attacha ses yeux sur elle, Lise ne détourna pas les siens ; ils se regardèrent longtemps ainsi, tous deux oubliant où ils étaient, tous deux se sentant lire dans le cœur l’un de l’autre. Mme Laloine parla à sa fille : elle sembla s’éveiller d’un rêve ; mais avant de se retourner vers sa mère, un doux mouvement de tête avait dit à Léonce : « Adieu et merci. »

Le lion partit ; il était fou, bouleversé, stupide ; il voulait se railler et ne le pouvait pas.

Cette image de Lise apparaissait si candide, si pure, lui disant : et Malheureux ! pourquoi te traiter comme tu m’as traitée ! pourquoi insulter à ce que tu as senti de bon, de saint, de délicieux, comme tu as insulté à ma joie ? »

Et voilà Léonce qui s’agite dans cette voiture où s’était appuyé le corps souple de Lise, et cherchant une trace qu’elle eût pu y laisser. Le misérable, il en avait trouvé une, et il pouvait la garder ; et pour faire de l’impertinence il l’avait rendue à qui ne l’eût pas redemandée ; il en était sûr maintenant.

Comme il était dans cet état de fureur contre lui-même, sa voiture s’arrêta et la portière s’ouvrit. Il descendit et regarda, il était devant le club des lions. Il hésita à entrer, puis il monta rapidement en se disant : « Si ce butor de Lingart me dit une seule mauvaise plaisanterie, je le soufflette. » Et dans sa colère il se mit à une table de jeu, perdit cinq cents louis après avoir stupéfié tout le monde par la mauvaise humeur qu’il montrait, lui d’ordinaire si beau joueur, et rentra chez lui à la pointe du jour, ne pensant pas plus à ses cinq cents Jouis qu’à sa dernière maîtresse, et se disant :

« Je la verrai, je veux la voir ; mais comment ? »

XIV

Jamais homme ne fut plus embarrassé que Sterny pour trouver un moyen convenable de revoir Lise. Dans les paroles qu’il avait dites à