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se trouvait coupable, bête, brutal ; il était furieux contre lui-même, Aussi fut-ce avec un véritable intérêt qu’il resta avec quelques personnes à la porte de la chambre où Lise s’était réfugiée avec sa mère.

La jeune fille en sortit bientôt pâle encore, mais calme, sereine.

Elle rencontra le regard alarmé de Léonce ; et son doigt, se posant doucement sur son sein, montra à Sterny la plaque d’or qu’elle venait de suspendre à son cou, et ce geste voulait dire :

Ce qu’on veut, on le peut.

Le sourire qui accompagna ce mouvement était si doux, si résigné, qu’il toucha Léonce.

Cette enfant avait souffert, beaucoup souffert, et pour lui, sans doute, à cause de lui.

Sterny eût voulu lui demander pardon, mais le cœur à genoux, pour lui faire bien comprendre qu’il était honteux et triste de l’avoir blessée.

Lise s’était replacée près de sa mère, et ne devait plus danser, et Léonce n’avait plus le moyen de s’approcher d’elle pour elle seule. Il était mal à son aise ; cette foule lui pesait non pas comme un assemblage de caricatures ridicules, ainsi qu’il eût pu la considérer la veille, mais comme comprimant son cœur. À ce moment, il eût voulu crier, jurer ; il eût presque voulu pleurer.

Ce sentiment le gagna si puissamment qu’il fut sur le point de partir.

Mais partir sans apporter ses excuses et son repentir à cette faible et douce créature qu’il avait fait souffrir, il ne le voulut pas ; et s’étant approché de Mme Laloine, il lui dit d’un air grave :

« Si j’avais été un simple invité à cette fête, madame, j’aurais cru pouvoir me retirer sans vous présenter mes devoirs ; mais j’ai été le témoin de Prosper, et je vous prie d’agréer mes remercîments d’avoir admis dans votre famille un honnête homme qui est presque de la mienne.

— Je vous remercie, monsieur, lui dit Mme Laloine d’un ton ému, tandis que Lise regardait Léonce avec un doux saisissement, je vous remercie ; car ce n’est que votre affection pour Prosper qui peut vous inspirer des paroles si flatteuses pour de petites gens comme nous.

— C’est ce que j’ai vu, madame, dit Léonce, et je vous conjure de croire au respect sincère et véritable que j’emporte pour vous et pour toutes les personnes de votre famille. »

En disant ces paroles il se tourna vers Lise et la salua profondément