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« Mademoiselle Lise valse-t-elle ?

— Oh ! non, monsieur, non, répondit-elle avec un balancement de tête qui témoignait que la valse était un plaisir au delà de ses espérances de jeune fille.

— Alors, reprit Léonce, je vous demanderai une autre contredanse.

— C’est que j’en ai promis beaucoup, reprit Lise ; mais… mais… maman m’a permis de galoper !

— Ce sera donc un galop ?

— Oui, dit Lise, le premier. Mais d’ici là vous danserez avec d’autres demoiselles ?

— Avec vous seule !

— Avec ma sœur, au moins ; je vous en prie, dît Lise d’un ton inquiet et suppliant.

— Avec la mariée ? vous avez raison, repartit Léonce, je vous remercie de me l’avoir rappelé.

— Et je vous remercie d’y consentir, » lui dit Lise avec un doux sourire d’intelligence.

Léonce la laissa près de sa mère et s’en alla dans un autre salon. Malgré lui il était heureux ! heureux de quoi ? d’avoir troublé cette petite fille ! Pauvre triomphe pour un homme dont l’œil de lion avait fait trembler toutes les femmes les plus intrépides et les plus accoutumées à rire de tout et à tout braver, même le scandale !

XI

Ne demandez pas à Léonce pourquoi il était heureux ; il n’aurait point su vous le dire, car cette émotion était aussi nouvelle pour lui que pour Lise, et il ne pensait ni à l’examiner, ni à la combattre ; il se trouvait bien où il était, il voyait tout d’un œil bienveillant, et si parfois il ne reconnaissait pas une grâce complète dans la manière dont toutes les choses se passaient, il y trouvait une bonne foi qui le charmait : ces gens-là s’amusaient sincèrement.

Il essaya de rester loin du salon ou était Lise ; mais malgré lui il y revint et glissa son regard entre deux hommes qui barraient la porte.

Lise dansait, mais elle n’était pas à la danse ; ou elle tenait les yeux baissés, ou elle faisait glisser autour du salon un coup d’œil rapide et furtif.

Qui cherchait-elle ?