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Alors il tenta un effort désespéré, mais des plus vulgaires. Il lui fallut parler de lui pour qu’elle s’en occupât, et lui dit :

« Vraiment, mademoiselle, je suis bien malheureux !

— En quoi donc, monsieur ?

— Voilà deux fois seulement que j’ai l’honneur de vous voir, et j’ai déjà trouvé le moyen de vous déplaire trois ou quatre fois.

— À moi, monsieur ? dit Lise d’un air fort étonné.

— À vous, d’abord ce matin, en arrivant trop tard ; à la mairie, en n’ôtant pas mon gant ; ici peut-être, ajouta-t-il tout bas, en arrivant trop tôt… et… »

Allons donc, noble lion, pour ne pas avoir voulu cette fois jouer au fin, vous avez réussi. Lise avait compris en effet ce qu’il voulait dire. « Et… ? lui dit-elle en le regardant.

— Et, ajouta Léonce avec une vraie expression de jeune homme, et en volant la place de M. Tirlot. »

Lise rougit, mais en souriant.

IX

D’abord elle avait deviné juste, ce qui la flattait, et puis le marquis avait fait pour être près d’elle un tour d’écolier, et cela la flattait encore ; mais cette fois il y avait de quoi avoir peur, car dans quel but ce beau marquis s’était-il approché d’elle ? Le sourire commencé disparut aussitôt pour faire place à un vif embarras.

Lise était trop innocente pour penser à des projets de séduction ; mais en sa qualité de petite bourgeoise, en face d’un gant jaune, elle se dit : « Il veut se moquer de moi, » et elle prit un petit air prude et pincé.

« Vous voyez bien, dit Léonce, que je vous ai déplu.

— Ah ! mon Dieu, monsieur, dit-elle, vous ou M. Tirlot, c’était la même chose. »

Léonce fit la grimace, l’équation était cruelle ; alors il ajouta assez impertinemment :

« Je ne crois pas.

— Ah ! fit Lise, qui croyait à un excès de fatuité.

— Oui, dit Léonce en tournant assez bien l’écueil, je crois que vous auriez préféré M. Tirlot. »