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« Regarde donc ! »

Elle regarda et vit Léonce qui signait.

Il a ôté son gant, » ajouta la jeune fille avec un petit accent de triomphe, comme pour féliciter Lise du succès de la leçon qu’elle avait donnée au beau marquis.

Léonce, qui avait entendu l’exclamation, leva les yeux sur Lise et rencontra son regard qui avait quelque-chose d’inquiet.

Lise sentit comme par un indicible instinct qu’il se passait entre elle et ce jeune homme quelque chose qui n’eût pas dû être ainsi, et lorsque ce fut son tour de signer, ses yeux étaient pleins de larmes, sa main tremblait, et quand sa mère, qui était près d’elle, lui demanda ce qu’elle avait :

« Rien, rien, dit-elle, une idée. »

Et profitant de l’alarme qu’elle avait causée à sa mère, elle s’attacha à son bras :

« Prends-moi dans ta voiture, maman ! lui dit-elle avec l’accent d’un enfant qui a peur et qui demande protection.

— Viens ! viens ! ma pauvre Lise, » lui dit sa mère en l’embrassant et en l’entraînant dans un petit coin, tandis que les hommes graves de l’assemblée souriaient entre eux d’un air capable, que les jeunes gens regardaient sans rien comprendre et que Léonce se disait dans son coin :

« Certes, je reviendrai pour le dîner et pour le bal. »

Tout le monde descendit, et Lise regarda Sterny remonter dans sa voiture. Le cocher, humilié d’avoir été si longtemps en mauvaise compagnie de remises, se mit à faire piaffer les chevaux de façon à faire craindre qu’il n’allât tout briser, puis disparut avec rapidité. Lise poussa un gros soupir, et remontant en voiture, elle se trouva à son aise pour la première fois depuis la matinée et se mit à parler de la belle toilette qu’elle allait faire pour la soirée. Mais au milieu de cette importante discussion, elle porta tout à coup la main à son cou.

« Ah ! mon Dieu ! j’ai perdu mon médaillon ; mon Dieu ! mon Dieu ! je l’avais, j’en suis sûre !

— Il est peut-être tombé à la mairie, peut-être tombé à l’église, peut-être dans une voiture.

— Ah ! dit Lise, pourvu que ce ne soit pas dans celle de M. Sterny.

— Et pourquoi ? lui dit sa mère ; il le trouvera et nous le rapportera.

— Il revient donc ?

— Il nous l’a promis. »