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masse. Que le maire soit le consécrateur légal et unique du mariage, la loi le veut ainsi ; mais l’acte auquel il préside, quelque grave, quelque indissoluble qu’il soit, n’est aux yeux du peuple qu’un contrat qui sent le papier timbré ; la vraie cérémonie du mariage, celle où il y a préoccupation, respect, prière, ne s’accomplit qu’à l’église. Sterny était un peu de cet avis ; il comprit parfaitement l’exclamation de Lise, et lui répondit pour la faire parler :

« Certainement c’est un magistrat, car c’est lui qui véritablement va marier votre sœur ; le mariage à l’église n’est qu’une formalité. »

À ce mot, Lise leva un regard effrayé sur Léonce et se recula doucement de lui, puis elle baissa les yeux et répondit :

« Je sais, monsieur, qu’il y a des hommes qui pensent ainsi, mais je ne serai jamais la femme d’un homme qui ne s’engagera pas à moi devant Dieu.

— Ah ! se dit Léonce, la petite est dévote. Mais elle est si belle !… encore un essai.

— Et ce serment, dit-il, ne vous engage pas à grand’chose, car celui qui vous obtiendra jamais fera tout ce que vous voudrez.

— Je l’espère bien, dit Lise d’un ton mutin.

— Ah ! reprit Léonce, vous êtes despote.

— Oh oui ! fit-elle en reprenant toute sa jeune insouciance.

— Mais savez-vous que c’est mal ? lui dit Léonce.

— Qu’est-ce que cela vous fait ? répliqua-t-elle en lui riant au nez ; ce n’est pas vous qui en aurez à souffrir.

— Cela ne m’empêche pas de plaindre celui que vous tyranniserez un jour, repartit Léonce en riant aussi.

— Mais je crois qu’il ne s’en plaindra pas, ça me suffit.

— Vous l’a-t-il déjà dit ?

— Non, mais j’en suis sûre.

— Il vous aime donc bien ?

— Qui ça ? dit Lise d’un air tout étonné.

— Mais ce futur époux, ce futur esclave, qui sera si heureux de sa chaîne.

— Est-ce que je le connais ?

— Mais vous disiez que vous étiez sûre…

— Ah ! dit Lise, je suis sûre que je l’aimerai bien, monsieur ; je suis sûre qu’il sera un honnête homme, et comme je serai une honnête femme, j’espère qu’il sera heureux. »