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tume de nonne ! Et pour qui donc les fleurs et les diamants, les riches étoffes et tous les trésors de l’art et de la nature, si ce n’est pour orner la beauté ? Si vous faites l’éloge de la chasteté simple et modeste, n’est-elle donc faite que pour les vierges ? Pourquoi vous dépossédez-vous si fièrement du seul charme qui pourrait vous embellir encore ? Vous voulez paraître jeunes, et vous vous faites immodestes ! Calcul bizarre, énigme insoluble ! La femme, pensent certaines effrontées, doit être comme la fleur qui montre son sein à mesure qu’elle s’épanouit. Mais elles ne savent donc pas que la femme ne passe pas, comme la rose, de la beauté à la mort ! Elle a le bonheur de conserver en elle, après la perte de son éclat, un parfum plus durable que celui des roses. »

Le bal finissait. La mère et la tante d’Emma restèrent des dernières. Elles allaient s’égayant et s’enhardissant à mesure que l’excitation et la fatigue les enlaidissaient davantage. Emma était de bonne humeur parce qu’elle avait entendu jeter l’anathème sur leur folie. Le vieux artiste parti, elle s’entretint encore avec moi, et devint si amère et si vindicative en paroles, que je m’éloignai d’elle attristé profondément. Mauvaises mères, mauvaises filles ! Est-ce donc là le monde ? me disais-je.

george sand.


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