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illustres et aussi par les grands personnages français et étrangers qui se sont occupés de Paris, qui ont laissé leur mot ou écrit leur page, soit en prose, soit en vers, pour ou contre le Parisien et la Parisienne qui ont vécu sous leurs yeux.

Dans ces fragments repris au passé éclate la vérité de ce que nous avons dit plus haut, c’est que Paris est loin d’être aussi varié et aussi léger qu’il se targue de l’être, puisque, à des siècles de distance, depuis le Paris gaulois et romain, depuis le Paris latin de César et de Julien jusqu’au Paris d’hier matin, les mêmes jugements ont pu justement lui être appliqués soit pour l’éloge, soit pour le blâme, puisque, pour tout dire, entre la vérité du passé et celle du présent il n’y a peut-être pas de différence appréciable sinon dans la manière dont, suivant les temps, elle est dite.

Si le Diable à Paris nous a paru devoir former le fond, la pierre d’assise du tableau de Paris plus complet que s’est proposé d’être notre Diable à Paris nouveau, c’est, d’une part, parce que aucun autre cadre n’eût eu l’élasticité qu’il nous offrait, parce que les écrivains illustres de la génération de 1840 y avaient laissé des pages qui comptent à bon droit parmi leurs meilleures ; c’est, d’autre part, parce que le plus profond, le plus subtil, le plus parisien des peintres de nos mœurs parisiennes, parce que Gavarni avait doté ce livre d’une œuvre impérissable, qui constituait à elle seule un tableau de Paris, impossible à tenter par tout ce qui n’est pas Gavarni.

L’admirable série de 260 dessins, avec légendes, que ce grand philosophe du crayon avait dessinée expressément pour le Diable à Paris sous cette rubrique : Les Gens de Paris, se trouve donc tout entière cette fois, comme dans les grandes éditions de luxe, dans notre édition nouvelle. Mais ce n’est pas tout. Une circonstance heureuse ayant remis en notre possession toute l’œuvre choisie de Gavarni, c’est-à-dire les 320 beaux dessins accompagnés de leurs précieuses légendes, qui, avec les Gens de Paris, constituaient ce que Gavarni eût été en droit d’appeler le Paris Gavarni, nous avons ajouté aux 260 dessins des Gens de Paris des grandes éditions primitives les — 320 — dessins comprenant les célèbres séries des lorettes, ces cocottes d’hier, des enfants terribles, etc., etc., et 50 compositions inédites.

CES SIX CENTS DESSINS DE GAVARNI constituent ainsi au Diable à Paris nouveau un trésor d’illustrations d’une inappréciable richesse.

Si chaque peuple avait eu dans le passé l’équivalent d’un Gavarni, un observateur assez doué pour laisser, comme ce grand esprit l’a fait, son siècle, représenté dans son caractère le plus intime et le plus philosophique, en une galerie, en un musée pareil à celui que nous offrons aujourd’hui au public français, de combien de clartés cette histoire au crayon n’illuminerait-elle pas la vie des siècles passés et des nations disparues ! Nos savants n’en seraient pas réduits à interroger à la sueur de leurs fronts les rébus sous forme de perroquets que leur offrent quelques rares obélisques.

Le joyau de notre livre, au point de vue de l’illustration, ce sont donc ces 600 dessins de Gavarni. Mais nous n’avons pas borné là notre effort. Aux dessins de Gavarni nous avons ajouté 112 dessins de Grandville, satires ingénieuses de la vie de Paris, choisies parmi celles des compositions de ce maître dont Paris est le sujet. Ces dessins, presque inconnus de la génération qui n’a pas vu 1840, sont de véritables nouveautés pour un grand nombre de nos lecteurs de 1869, et, pour la première fois, se trouvent réunies dans la même œuvre les productions de deux génies si différents, pour ne pas dire si contraires.

Nous n’avons eu garde d’oublier les aimables et si gais croquis que Bertall, au début de son talent, avait semés avec profusion, sous le titre Paris comique, dans le Diable à Paris, et qui avaient commencé la réputation du jeune et spirituel dessinateur ; c’est 538 petits croquis charmants à ajouter à l’avoir de l’illustration du Diable à Paris complété. Henri Monnier enfin nous a fourni son contingent, 38 dessins inédits. Dantan nous a donné le portrait d’un ami - celui de Cham. C’est-à-dire moins que nous n’eussions souhaité et espéré ; mais c’est toujours quelque chose qu’une jolie chose inédite de Dantan.

Le Paris matériel ne pouvait être négligé par nous. Champin avait dessiné pour le Diable à Paris primitif et pour l’Histoire de Paris 160 vues de Paris à tous ses âges ; nous avons donné toutes ces vues, qui sont de l’histoire monumentale conservée. Mais si Paris change peu au moral, au matériel il a subi des transformations capitales. MM. Clerget et Grandjacquet, dans une série de dessins faits pour l’édition nouvelle, ont dessiné du Paris d’aujourd’hui 25 grands aspects, de façon que sur aucun point notre livre ne reste en arrière. Avec 44 dessins d’Andrieux et de divers autres artistes de mérite, ces quatre volumes contiennent donc plus de 1 500 gravures.

Aux noms des anciens collaborateurs du Diable à Paris, nous devons ajouter ceux de MM. Victor Hugo, Erckmann-Chatrian, Jules Verne, Jean Macé, Dumas fils, Victor Malot[sic], Gustave Droz, Mme de Girardin, Adrien Decourcelle, A. Morel, Nestor Roqueplan, Henri Rochefort, Auguste Villemot, Xavier Aubryet, Edmond Texier, Kaempfen. Chaque chapitre porte en lui la date de son origine et fait de notre tableau de Paris comme une histoire comparée de Paris moral depuis quarante ans.

J. HETZEL.