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— Ah ! bien oui, dit M. Laloine, voilà une heure que ces petites filles nous font enrager ; elles veulent toutes des chevaux, on est allé en chercher, et nous attendons là depuis une heure.

— J’en suis fâché pour M. votre mari, dit Sterny à Mme Gurauflot, c’est ma faute, j’ai été plus qu’indiscret en acceptant son offre amicale. Veuillez, madame, lui en faire mes excuses. »

Comme il allait se retirer en voyant que personne ne l’engageait à rester, il entendit Mme Laloine s’écrier avec peur :

« Lise, Lise, ne va pas si vite !… Lise… Lise !… »

Mais Lise venait de sortir de la cour du manège sur un petit cheval et le faisait galoper tant qu’il pouvait ; elle fit ainsi une centaine de pas, et revint du même train jusqu’auprès du groupe où elle aperçut Sterny qui la salua avec un sourire courtois. Elle devint rouge comme une cerise, puis elle sembla le remercier de ce qu’il était revenu. À ce moment Sterny se prit a crier tout à coup :

« Eh ! groom ! »

Un rustre de paysan eut l’effronterie de se présenter à cet appel, et Sterny lui dit :

« Comment, butor, vous laissez monter une femme sur une selle qui n’est pas mieux sanglée que ça ! il y a de quoi la tuer… Vous ne savez donc pas votre métier, imbécile ! » Et sans attendre la réponse, il passa à la droite du cheval et serra les sangles lui-même, avec une adresse et une vigueur qui stupéfièrent le loueur de chevaux.

« Merci, lui dit Lise si bas, que ce merci n’était que pour lui et pour autre chose sans doute que ce qu’il venait de faire. »

Il allait peut-être lui parler, mais Mme Gurauflot vint pour ainsi dire le prendre au collet et lui dit :

« Ah ! monsieur, soyez donc assez bon pour voir si les selles de mes filles sont bien arrangées.

— Avec grand plaisir, dit Léonce. »

Et le voilà faisant le palefrenier pour toutes ces dames et demoiselles avec une bonne grâce, un empressement si franc, que Mme Gurauflot se mit à dire à M. Laloine :

« Je suis sûre que s’il venait avec nous il nous montrerait les beaux endroits de la forêt ; vous qui le connaissez, vous devriez l’inviter ?

— Ah ! fit M. Laloine, voulez-vous que je me fasse moquer de moi ? ce serait une drôle de partie de plaisir à proposer à un homme comme lui.