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de le rencontrer, et sans humeur, sans affectation, il lui raconta qu’il allait à Saint-Germain, voir une maison de campagne. Du moment qu’on sut qu’il n’était pas de la partie, on ne fit plus attention à lui, mais ce n’était pas le compte de Sterny, il voulait être de la partie, et se dit que le sucrier l’inviterait d’une façon ou d’autre.

Là-dessus il revint par un détour assez bien ménagé et entama, avec une attention extrême, une discussion d’économie politique du premier ordre. L’heure du départ arriva, Sterny descendit la rampe du débarcadère toujours discutant et argumentant contre M. Gurauflot (c’était le nom du sucrier), et la discussion tenant, il monta à côté de lui dans un wagon, sans que celui-ci s’imaginât que le marquis avait d’autre intention que d’écouter ses savantes dissertations. Cependant M. Gurauflot ne tarissait pas, et comme le voyage est rapide, Sterny, qui avait besoin de changer le sujet de l’entretien, commençait à s’impatienter, lorsque tout à coup il tira sa montre en s’écriant :

« Bon ! je manquerai mon rendez-vous.

— Hein ! fit le sucrier si brusquement interrompu.

— Pardon, dit Sterny, j’avais donné rendez-vous à un architecte pour visiter cette maison avec moi, et il ne m’aura pas attendu. »

Sterny profitait, en habile faiseur de contes, des personnages imaginaires qu’il avait déjà inventés pour M. Laloine.

« C’est donc une acquisition bien importante que vous allez faire ?

— Je ne sais ce que c’est, dit Sterny, les renseignements qu’on prend dans les Petites Affiches sont si vagues ; maison de campagne à vendre, cela varie de 10 000 francs à 100 000, de façon que je vais un peu à l’aventure.

— Pardon, lui dit M. Gurauflot, je connais un peu Saint-Germain : où est la maison que vous allez voir ?

— Voyez, lui dit Sterny en lui montrant les Petites Affiches.

— Mais c’est une charmante maison, je la connais, elle ouvre sur la forêt, c’est très-considérable, et l’on dit que l’intérieur est fort beau.

— Ah ! tant mieux !

— Vous ne la connaissez donc pas ?

— Je n’y suis jamais entré. Ce que je voudrais surtout savoir, c’est si la maison est d’une construction solide, et j’avoue que je n’y entends rien.

— Ce n’est pas une chose si difficile que vous pouvez le croire.