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tut : et tirant de son sein les Petites Affiches, il les jeta loin de lui. M. et Mme Laloine, occupés à regarder la tabatière impériale, ne virent point ce mouvement, Lise l’aperçut et en fut heureuse ; mais sa gaieté s’envola et elle suivit plus attentivement les mouvements de Sterny. Léonce, redevenu maître de lui, se montra aussi empressé, aussi bienveillant qu’avant cet incident avec M. et Mme Laloine, mais avec une nuance imperceptible de grand seigneur et qui s’étudie à une exquise politesse. Lise le regardait, l’écoutait, il lui plaisait ainsi ; il était si élégant, si gracieux, de cette façon il ne lui faisait plus peur ; elle le trouvait naturel.

Enfin, M. Laloine parut attendre l’heure avec impatience, et dit à Sterny :

« Nous vous avons dérangé : l’heure passe et vous arriverez trop tard à Saint-Germain.

— Je n’irai pas sans doute aujourd’hui, dit Sterny.

— C’est nous qui en sommes cause.

— Non, madame, non, dit Léonce ; d’ailleurs, j’ai oublié que je devais aller trouver quelqu’un à Saint-Germain, pour me donner l’adresse de cette maison, et on se sera ennuyé de m’attendre : j’irais inutilement.

— Oh ! dit Lise en hésitant, je croyais qu’on trouvait toutes les adresses des maisons à louer dans les Petites Affiches. »

Sterny la regarda, celle-ci baissa les yeux. Il y avait dans son âme quelque chose qui l’emportait malgré sa volonté, et quelque chose qui la faisait rougir presque aussitôt. Mais Sterny l’avait comprise et il s’écria : « Mais, c’est vrai, j’ai là précisément le numéro où se trouve cette adresse. »

Il le reprit, et on parla maison de campagne.

Cependant Prosper n’arrivait pas. M. et Mme Laloine impatientés ouvrirent une fenêtre, comme si en le regardant arriver de loin cela dût le faire venir plus tôt. Ce fut en ce moment que Sterny s’approcha de Lise et lui dit tout bas :

« Vous avez été bien cruelle, de refuser un pauvre souvenir. »

Elle se tut et parut très-émue.

« Maintenant que vous m’avez pardonné, reprit-il, acceptez quelque chose. »

Elle n’eut pas le temps de refuser, car son père se mit à crier :

« Voici Prosper ! »