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LE DIMANCHE
PROMENADE D’UN OUVRIER DE LA PROVINCE DANS PARIS.
par erckmann-chatrian

Depuis mon arrivée à Paris, je n’avais pas eu le temps de revoir Emmanuel ; l’ouvrage était pressé dans cette quinzaine, il avait fallu travailler le premier dimanche et le lundi jusqu’au soir. Mais, le samedi suivant, en nous faisant la paye, M. Braconneau nous ayant prévenus que le lendemain serait libre, je m’habillai de bonne heure et je courus à l’hôtel de la rue des Grès.

Cela tombait bien, car, en me voyant, Emmanuel s’écria :

« Je pensais à toi, Jean-Pierre : voici les vacances, les examens sont commencés ; je passe à la fin de cette semaine et je m’en retourne deux mois au pays. J’aurais eu de la peine à partir sans t’embrasser. »

Il me serrait la main. Pendant qu’il ôtait sa belle robe de chambre, je lui racontai ce qui m’avait empêché de venir.

« Eh bien, nous allons faire un tour, dit-il, nous déjeunerons au Palais-Royal. »

En l’entendant dire que nous allions déjeuner au Palais-Royal, je crus qu’il plaisantait ; il vit ce que je pensais et s’écria :

« Pas chez Véfour, bien entendu ! Il faut attendre d’avoir notre part dans la pension de Louis-Philippe. Nous irons chez Tavernier, tu verras. »

Il riait, et nous sortîmes, comme la première fois, en descendant la rue de la Harpe. Mais il voulut me faire voir alors le Palais-de-Justice, fermé devant par une grille très-belle. Derrière cette grille se trouve une cour, et au bout de la cour, un escalier qui monte dans le vestibule, où les avocats accrochent leurs robes entre les colonnes. Sur la droite, un autre escalier mène dans une grande salle, la plus grande salle de France, et qu’on appelle salle des Pas-Perdus.

Tout autour de cette salle, très-haute, très-large et dallée comme une cathédrale, s’en ouvrent d’autres où sont les tribunaux de toute sorte pour juger les voleurs, les filous, les banqueroutiers, les incen-