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UN BAL MASQUÉ
par gustave droz

… Six heures sonnèrent à la pendule ; Paul de V… se leva et prit son chapeau.

« Je me sauve, me dit-il, voici l’heure de votre dîner ; » et il remit un de ses gants qu’il avait ôté pour me montrer un scarabée antique qu’il s’était fait monter en bague.

— Eh bien ! mais pourquoi ne dînez-vous pas avec moi ?

— Non, vraiment, merci ; mais j’ai plusieurs petits préparatifs à faire avant mon départ. Je savais en effet que le lendemain même il allait rejoindre son ambassade à Constantinople. — Et puis, ensuite, il faut que je m’habille pour ce bal… Non, vraiment, je ne peux dîner, mais je compte sur vous pour ce soir ; ce sera magnifique.

— Je ne vais plus guère dans ce monde, vous savez…

— C’est convenu, c’est convenu, vous avez la même taille que moi, et j’ai un costume que je me suis fait faire là-bas ; il vous ira parfaitement ; dans une demi-heure il sera ici. D’ailleurs, vous êtes attendu… C’est masqué, ne l’oubliez pas, ce sera fort amusant ; » et, en disant cela, il chercha dans sa poche un porte-cigare dont il tira un londrès trop blond qu’il pressura avec le plus grand soin de ses deux doigts effilés. Son scarabée antique faisait une grosse bosse sous le gant. Je lui offris une bougie. — Tout en causant, il allumait cet affreux cigare trop blond qui m’agaçait. Je les aime noirs. Ses paroles étaient entrecoupées par ses aspirations et semblaient nager dans la fumée de tabac éparses comme des bûches qu’emporte le courant.

« Au fait, dit-il, ouvrez donc ce petit paquet qui est dans mon porte-cigare. C’est une commission dont je me suis chargé… Vous qui avez bon goût… C’est un petit médaillon Louis XVI, ça n’est pas laid, n’est-ce pas ?

— Il est fort joli. Vous mettez des cheveux là dedans ? »

Il aspira une grosse bouffée et ajouta avec un peu trop d’empressement :

« Comment ! j’y mets des cheveux ? Je vous dis que c’est une com-