Page:Gautier - Le Paravent de soie et d’or, 1904.djvu/312

Cette page a été validée par deux contributeurs.
264
LE PARAVENT DE SOIE ET D’OR

comme il le pourront, des simulacres de fleurs ; qu’ils taillent dans leurs vêtements, qu’ils massacrent les tentures, les paravents, les nattes du sol, tout ce qui leur semblera bon, ils n’y perdront rien ; puis que toutes ces fleurs soient, avant l’aube, liées, clouées, collées sur les arbres, sur les buissons, sur les arbustes, les plus réussies sur les bords des routes, les plus grossières aux derniers plans ; que les peintres soient chargés de diriger la décoration et de donner des coups de pinceau où il en faudra. Je veillerai à tout, je tâcherai de tout prévoir, notre salut vaut bien cet effort. Prenez l’armée, disposez de tout ; personne ne doit ni manger ni dormir cette nuit. Allez ! et, si vous tenez à la vie, soyez rapides comme l’éclair.

Sans mot dire, les ministres s’éloignèrent, s’enfuirent plutôt.

Moins d’une heure plus tard, il n’y avait pas un palais, pas une maison dans la ville, pas une chaumière dans la campagne où l’on ne fût occupé, fiévreusement, à fabriquer des fleurs ; et qui eût regardé du haut du palais de Kanga, un peu après le milieu de la nuit, le parc et les alentours, aurait cru reconnaître dans les milliers de lanternes qui roulaient, sautaient, couraient à fleur du sol, l’armée effrayante des feux follets, conduite par les renards.

Mais à cette heure-là, l’illustre Daïmio ronflait, derrière un paravent en bois de fer incrusté d’or, et l’incomparable princesse, à la lueur, tamisée par de