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LE PRINCE À LA TÊTE SANGLANTE

Elle se pencha vivement vers Fleur-Royale, lui détacha sa jambière gauche et releva l’étoffe soyeuse.

— Eh bien, regarde ! dit-elle.

La jambe fine et nerveuse apparut, au-dessus du pied cambré dans l’étrier, et elle ne sembla pas nue, car un tatouage vert la couvrait de la cheville au genou. Un monstre, vêtu d’écaillés, s’enroulait là, tordant son corps, dégainant les cinq griffes de ses serres, dardant sa langue fourchue hors de sa gueule menaçante ; c’était le terrible Dragon, emblème du pouvoir suprême.

— Comment cela se peut-il ?

Tige-d’Or cria :

— Elle est le roi de l’Annam !

Et Lée-Line, subitement pâle et pris d’un tremblement, se prosterna.

Elle est le roi de l’Annam !

Ils sont maintenant sous l’ombre d’une tente, une ombre chaude et dorée, les parois intérieures sont de soie jaune, car c’est la tente royale.

Tout alentour, le camp immense se déploie, et sa rumeur s’étouffe en approchant de la muraille de toile qui forme l’enceinte sacrée ; elle meurt tout à fait en traversant l’espace vide qui isole la tente du maître.