Page:Gaume - L'europe en 1848, 1848.djvu/69

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Les inviter à se rendre aux assemblées générales des fidèles, et se contenter de leur présenter pour appât le double avantage de l’instruction et de la moralisation, serait jeter de la poussière au vent. L’indifférence, le sarcasme peut-être, telle sera la récompense du grand nombre. Il faut donc chercher un autre moyen.

Or, d’une part, l’ouvrier a son amour-propre ; il est sensible à son intérêt. Certes, ce n’est pas un reproche que nous lui adressons ; jusqu’à un certain point c’est un éloge. D’autre part, l’ouvrier voit souvent, aujourd’hui surtout, son amour-propre mis à de cruelles épreuves et son intérêt gravement compromis. Qu’il éprouve un accident, qu’il tombe malade, que l’ouvrage lui manque, que le patron fasse de mauvaises affaires ; en un mot, qu’une des mille chances qui le menacent vienne à le réduire pendant un temps plus ou moins long à un chômage forcé, il ne tarde pas à se trouver en face de la misère, en face de l’hôpital et de la mendicité.

Nous le savons par expérience, dans sa détresse il éloigne de toute son énergie le terme fatal que nous signalons. Lui et sa famille commencent par épuiser les économies des temps meilleurs ; ensuite on vend peu à peu les meubles, le linge même ; on s’impose secrètement les plus dures privations. Inutiles sacrifices ! La maladie se prolonge , l’ouvrage ne rentre pas. Arrive enfin le jour fatal où il faut manifester sa misère, prendre le chemin de l’hôpital, envoyer la femme ou les enfants frapper à la porte de la cha-