Page:Gagnon - Le fort et le château Saint-Louis (Québec), 1908.djvu/167

Cette page a été validée par deux contributeurs.
167
domination anglaise

Comme ils ont appris à respecter leurs supérieurs, et qu’ils ne sont pas encore entichés de l’abus de la liberté, ils sont choqués des insultes que leur noblesse et les officiers du Roi ont reçues des marchands et des avocats anglais depuis que le gouvernement civil est établi. »

Plus loin, Murray dit encore, dans le même document : « Les magistrats et les jurés devaient être pris sur un nombre de quatre cent cinquante méprisables traficants et autres gens qui étaient venus établir le pays… Ils haïssaient les nobles canadiens parce que leur naissance et leur conduite leur attiraient le respect : et ils avaient les habitants en exécration parce qu’ils avaient été soustraits à l’oppression dont ils avaient été menacés… Le juge choisi pour concilier les esprits de 75,600 personnes étrangères aux lois et au gouvernement de la Grande-Bretagne, fut tiré d’une prison, et était entièrement ignorant du droit civil et de la langue du pays… Je me glorifie d’avoir été accusé de chaleur et de fermeté en protégeant les sujets canadiens du Roi, et de faire tout ce qui était en mon pouvoir pour gagner à mon maître royal l’affection de ce peuple brave et courageux, dont l’émigration, si jamais elle arrivait, serait une perte irréparable à cet empire. »

Jusqu’à la date de la signature du traité de Paris, on ne savait guère, à Québec, si l’occupation de la ville par des régiments anglais était temporaire ou définitive [1]. Lorsque

  1. Ponthiac, le célèbre chef indien, maintint de nombreuses tribus de l’Ouest dans l’attente du retour des Français, et son éloquence persuasive les entretint longtemps dans leur hostilité contre les Anglo-Américains. À Québec, on conserva une lueur d’espérance de voir revenir les Français jusqu’après la guerre de l’indépendance américaine. « Depuis 1775, où les Bastonnais vinrent assiéger Québec, dit le « vieux récit » des anciennes annales des Ursulines, la guerre a toujours continué, et nous voilà à l’année 1782 sans savoir quand et comment elle finira. Si la continuité de ce fléau nous procurait le bonheur de revenir à la France, nous aurions bientôt oublié toutes