Page:Gagnon - Le fort et le château Saint-Louis (Québec), 1908.djvu/160

Cette page a été validée par deux contributeurs.
160
le fort et le château saint-louis

l’exemple du plus pur patriotisme et des plus austères vertus.

La loi martiale, établie tout d’abord dans la colonie, eut pour effet d’engager les habitants à s’adresser aux curés pour régler leurs différends. Plus que jamais le prêtre fut considéré comme l’ami, le protecteur et le guide du peuple. La forte organisation paroissiale créée par Monseigneur de Saint-Vallier sut résister au choc qui ébranlait tout l’édifice de notre nationalité. Grâce à cette organisation, les familles franco-canadiennes vécurent de leur vie propre et se gardèrent de toute espèce d’envahissement.

L’historien américain Francis Parkman s’exprime ainsi dans son ouvrage intitulé The Old Regime in Canada :

« Une grande force se dresse en pleine lumière dans l’histoire du Canada : l’Église de Rome. Plus encore que le pouvoir royal, elle forma le caractère et prépara les destinées de la colonie. Elle fut sa nourrice et presque sa mère, et tout obstinée et absolue qu’elle était, [1] elle ne rompit jamais les liens de la foi qui l’attachaient à elle. Ce furent ces liens qui, en l’absence de franchises politiques, constituèrent, sous l’ancien régime, la seule cohérence vitale dans la population. Le gouvernement royal était passager, l’Église était permanente. La conquête anglaise brisa d’un seul coup tout l’organisme de l’administration civile, mais elle ne toucha pas à l’Église. Gouverneurs, intendants, conseils et commandants, tous étaient partis ; les principaux seigneurs s’étaient éloignés de la colonie, et un peuple non accoutumé à vivre sans contrôle et sans assistance fut subitement abandonné à sa propre initiative. La confusion, sinon l’anarchie, s’en serait

  1. M. Parkman était protestant.