Page:Gagnon - Le fort et le château Saint-Louis (Québec), 1908.djvu/127

Cette page a été validée par deux contributeurs.
127
la guerre de sept ans

en marchand, mais en roi, paroles qui, dans la bouche de Louis XV, montraient moins de grandeur que d’imprévoyance et de légèreté. Il ne fit rien pour la France et fit tout pour ses alliés. Il laissa avec une aveugle indifférence la question des frontières indécise en Amérique, se contentant de stipuler qu’elle serait réglée par des commissaires. On avait fait une première faute, en 1713, en ne fixant pas les limites de l’Acadie ; on en fit une seconde, plus grande encore, en 1748, en abandonnant cette question aux chances d’un litige dangereux ; car les Anglais avaient tout à gagner à cette temporisation. La supériorité toujours croissante de la population de leurs colonies, augmentait leurs espérances et leur désir d’être bientôt les seuls maîtres de toute l’Amérique du Nord. « Aussi le traité d’Aix-la-Chapelle, l’un des plus déplorables, dit un auteur, que la diplomatie française ait jamais acceptés, n’inspira aucune confiance et ne procura qu’une paix armée[1]. »

M. de la Galissonnière, arrivé à Québec le 10 septembre 1747, dut s’occuper immédiatement des frontières de l’Est, puis de celles de l’Ouest et du Sud-Ouest de la colonie. Il nourrissait de vastes projets, dont l’un était de faire venir dix mille paysans français pour les établir au pays des Illinois, afin d’y affermir la frontière des Apalaches ou Alléghanys, plus spécialement menacée par la colonie virginienne. Le gouverneur intérimaire[2] voulait par ce moyen permettre à la France d’étendre sa puissance sur les vallées de l’Ohio et du Mississipi et garder libre la communication avec la Louisiane. Ses

  1. Garneau.
  2. M. de la Galissonnière remplaçait M. de la Jonquière, fait prisonnier par les Anglais. M. de la Jonquière vint prendre son poste, à Québec, en 1749, en vertu de sa commission datée de 1746.