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domination française

pays et de leur bien. Cette maison ainsi bâtie ne leur plaisait point, et pour cela il ne faut pas que je laisse d’effectuer le commandement de Monseigneur le Viceroy (le duc de Montmorency), et ceci est le vrai moyen de ne point recevoir d’affront par un ennemi qui, reconnaissant qu’il n’a que des coups à gagner, et du temps, et de la dépense perdue, se gardera bien de se mettre au risque de perdre ses vaisseaux et ses hommes. C’est pourquoi il n’est pas toujours à propos de suivre les passions des personnes qui ne veulent régner que pour un temps ; il faut porter sa considération plus avant. »

Toute la largeur de vues, tout le caractère ferme et persévérant de Champlain se retrouvent dans ces dernières lignes, qui auraient pu être gravées sur le monument élevé à la mémoire du fondateur de Québec.

Ainsi, c’est en 1620 que Champlain fait commencer, à Québec, un fort auquel il ne donne pas encore de nom, mais qu’il appellera bientôt le fort Saint-Louis. Ce fort, qu’il désigne aussi sous le nom de « demeure, » fut établi « sur la montagne, » c’est-à-dire à environ cent soixante-dix pieds au-dessus du niveau du fleuve Saint-Laurent. [1] La nouvelle « maison, » comme dit encore Champlain, ne plaisait pas à tous, mais le père de la Nouvelle-France voulait, avant tout, assurer l’avenir de la colonie, et il faisait ériger cette construction en vue d’hostilités qui ne devaient pas manquer de surgir.

À cause de difficultés survenues entre les membres de l’ancienne compagnie (de Rouen) et de la nouvelle compagnie (de Montmorency), Champlain jugea prudent, en 1621, de placer un officier, M. Du Mai, et quelques hommes dans le fort. « Je me délibérai, dit-il, de mettre le

  1. Sur l’emplacement occupé aujourd’hui par l’extrémité nord-est de la terrasse Dufferin, au-dessus de la rue Sous-le-Fort.