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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/96

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LE DÉFRICHEUR

une église plus tard, je veux que notre paroisse soit sous l’invocation de Sainte Louise. Ce sera encore mieux, n’est ce pas ?

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« C’est le premier printemps que je passe dans les bois. Il me semble que c’est presque aussi gai qu’à Grandpré. Le matin, quand le soleil brille et que les oiseaux chantent sur les branches… oh ! je voudrais que tu pusses assister à ce concert et voir tout cela de tes yeux !…

« Mais en te parlant, ça me fait penser aux fleurs.

Je trouve quelquefois dans la forêt de jolies petites fleurs, délicates, élégantes, qui par leur fraîcheur, leur modestie, me rappellent le doux et frais visage de ma Louise. J’en deviens tout de suite amoureux ; n’en rougis pas cependant, et surtout n’en sois pas jalouse, car je ne sais pas même leurs noms, et je ne pourrais pas t’en faire la description, tant je suis ignorant, bien que Pierre Gagnon me croie un savant. Je ne connais pas non plus la plupart de ces petits oiseaux que je vois tous les jours et dont les chants charment mes oreilles. Je n’ai rien appris de cela dans mes études de collège, et je le regrette beaucoup.

Il s’essayait même quelquefois à composer des rimes, tout en avouant ingénument que le langage des dieux ne convenait pas aux défricheurs. Une fois entre autres, en enfermant une petite fleur dans une lettre, il avait mis au bas :

Je t’envoie, ô Louise, une rose sauvage
Cueillie au fond de mon bocage,
Et que j’ai prise pour ta sœur ;
Car de la rose
Fraîche éclose
Ton teint réfléchit la couleur
…………………