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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/91

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JEAN RIVARD

calculé qu’un homme qui travaillerait assidûment dix heures par jour ne pourrait dans l’espace de quarante années, consacrer qu’environ une heure à chacune des espèces présentement connues ; suivant le même auteur, l’étude seule d’une chenille, si on veut la suivre dans ses métamorphoses, la disséquer, la comparer dans ses trois états successifs, pourrait occuper deux existences d’homme.

Et toutes ces plantes que tu vois chaque jour, ces arbres que nous abattons, ces petites fleurs que nous apercevons de temps en temps dans le bois et qui ont l’air de se cacher modestement sous les branches protectrices des grands arbres, tout cela demanderait encore des siècles d’études pour être parfaitement connu. On peut dire la même chose des richesses minérales enfouies dans les entrailles de la terre.

Ce n’est qu’en se divisant le travail à l’infini que les savants ont pu parvenir à recueillir les notions que le monde possède aujourd’hui sur les diverses branches des connaissances humaines.

— C’est bien surprenant, ce que vous dites là, mon Empereur. Mais ça n’empêche pas pourtant que je voudrais en savoir un peu plus long que j’en sais. Ah ! si mon père n’était pas mort si jeune, j’aurais pu moi aussi aller l’école, et je saurais lire aujourd’hui, peut-être écrire. Au lieu de fumer, comme je fais en me reposant, je lirais, et il me semble que ça me reposerait encore mieux. Ah ! tout ce que je peux dire, mon Empereur, c’est que si le brigadier Pierre Gagnon se marie un jour, et s’il a des enfants, ses enfants apprendront à lire, tonnerre d’un nom ! ou Pierre Gagnon perdra son nom.