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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/88

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LE DÉFRICHEUR

fance. Il regrettait une chose cependant, c’est qu’ils n’entendaient que l’anglais ; ils avaient été élevés dans les Cantons de l’Est, probablement par quelque fermier écossais ou américain, et cela pouvait expliquer cette lacune dans leur éducation. L’un d’eux s’appelait Dick et l’autre Tom. Pour les faire aller à droite il fallait crier Djee, et pour aller à gauche Wahaish. À ces cris, ces intelligents animaux obéissaient comme des militaires à la voix de leur officier.

Une fois que les arbres, petits et gros, débités en longueurs de dix à onze pieds, avaient été entassés les uns sur les autres de manière à former des piles de sept ou huit pieds de hauteur et de dix à douze de largeur, entremêlées d’arbustes, de broussailles et de bouts de bois de toutes sortes, il ne s’agissait plus que d’y mettre le feu.

Puis, quand le feu avait consumé la plus grande partie de ces énormes monceaux d’arbres, on procédait à une seconde, souvent même à une troisième opération, en réunissant les squelettes des gros troncs que le premier feu n’avait pu consumer, ainsi que les charbons, les copeaux, en un mol tout ce qui pouvait alimenter le feu et augmenter la quantité de cendre à recueillir ; car il ne faut pas omettre de mentionner que Jean Rivard mettait le plus grand soin à conserver ce précieux résidu de la combustion des arbres. Cette dernière partie du travail de nos défricheurs exigeait d’autant plus de soin qu’elle ne pouvait prudemment s’ajourner, la moindre averse tombée sur la cendre ayant l’effet de lui enlever une grande partie de sa valeur..

Mais ces diverses opérations, il faut le dire, ne pouvaient s’exécuter en gants blancs ; et il arriva plus