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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/86

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LE DÉFRICHEUR

m’éloignerai pas de vous, d’ailleurs, et vous me trouverez toujours au chemin de l’honneur et de la victoire. »

— Hourra ! et en avant ! s’écria Pierre Gagnon qui aimait beaucoup ces sortes de plaisanteries ; et dans un instant les deux bœufs furent attelés, tous les ustensiles rassemblés, et les trois défricheurs étaient à l’œuvre.

Il s’agissait de réunir en monceaux, ou, suivant l’expression reçue parmi les défricheurs, de « tasser » les arbres coupés ou arrachés durant les six mois précédents.

Le brûlage, c’est-à-dire, le nettoyage complet du sol par le feu, forme certainement la principale opération du défricheur. C’est la plus longue et la plus fatigante, c’est celle qui requiert la plus grande force physique, et en même temps, la surveillance la plus attentive.

Le travail auquel est assujetti le défricheur, à son début dans la forêt, pour abattre les arbres, les étêter, les ébrancher, les débiter, n’est rien comparé aux efforts et aux soins qu’exigent, avant que le terrain puisse être utilisé, le tassage et le brûlage de l’abattis.

C’est ici que l’esprit d’ordre, la méthode, le jugement pratique, la justesse de coup d’œil de Jean Rivard trouvèrent leur application. Tout en travaillant sans cesse avec ses deux hommes, il les guidait, les dirigeait, et jamais un pas n’était perdu, jamais un effort inutile.

Les pièces de bois les plus légères, les arbustes, des branchages, en un mot tout ce qui pouvait facilement se manier et se transporter à bras était réuni en tas par les trois hommes ; s’il était nécessaire de remuer