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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/83

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JEAN RIVARD

Cette lettre que Jean Rivard parcourut à la hâte avant d’entrer dans la forêt pour se rendre à son gîte, le fit songer tout le long de la route. « Malgré mon rude travail, se disait-il, et les petites misères inséparables de mon état, il est clair que mon ami Gustave est beaucoup moins heureux que moi. C’est vrai qu’il a l’espoir d’être un jour avocat et membre du Parlement, mais ces honneurs, après tout, méritent-ils bien qu’on leur sacrifie la paix de l’âme, les plaisirs du cœur, la santé du corps et de l’esprit ? Cette belle inconnue qu’il aime tant n’est, j’en suis sûr, ni plus aimable, ni plus aimante, ni plus pieuse que ma Louise, et cependant toute l’ambition, tout l’amour de Gustave ne vont pas jusqu’à le faire aspirer à sa main, tandis que moi, avant deux ans, je serai le plus fortuné des mortels. Mais que diable aussi a-t-il été faire dans cette galère ? S’il se fût contenté de l’amour et du bonheur dans une chaumière, peut-être aujourd’hui serait-il en voie d’être heureux comme moi. Je l’aime pourtant, ce cher Gustave ; son âme sensible et bonne, ses talents, son noble caractère lui méritaient un meilleur sort. »


XII.

retour à louiseville — le brûlage.


Je n’entreprendrai pas de raconter le voyage de Jean Rivard, de Lacasseville à Louiseville, à travers les bois, et dans cette saison de l’année. Les hommes chargés du transport des ustensiles d’agriculture faillirent en mourir à la peine.