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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/71

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JEAN RIVARD

comme on le pense bien, une immense sensation dans sa famille. La bonne mère pleurait de joie ; les frères et sœurs ne cessaient d’embrasser leur frère aîné, de l’entourer, de le regarder, de l’interroger. On eût dit qu’il revenait de quelque expédition périlleuse chez des tribus barbares ou dans les glaces du pôle arctique. Il fallait voir aussi les démonstrations de joie, les serrements de mains, les félicitations de toutes sortes qu’il reçut de ses anciens voisins et camarades, en un mot, de toutes ses connaissances de Grandpré.

Nulle part l’esprit de fraternité n’existe d’une manière aussi touchante que dans les campagnes canadiennes éloignées des villes. Là, toutes les classes sont en contact les unes avec les autres ; la diversité de profession ou d’état n’y est pas, comme dans les villes, une barrière de séparation ; le riche y salue le pauvre qu’il rencontre sur son chemin, on mange à la même table, on se rend à l’église dans la même voiture. Là, ceux qui ne sont pas unis par les liens du sang le sont par ceux de la sympathie ou de la charité ; on y connaît toujours ceux qui sont malades, ceux qui sont infirmes, ceux qui éprouvent des infortunes comme ceux qui prospèrent ; on se réjouit ou on s’afflige avec eux ; on s’empresse au chevet des malades et des mourants ; on accompagne leurs restes mortels à la dernière demeure.

Doit-on s’étonner après cela que la plupart des familles canadiennes soient si fortement attachées aux lieux qui les ont vu naître, et que celles qui ont eu le malheur d’en partir en conservent si longtemps un touchant souvenir ?

Je ne dirai pas toutes les questions auxquelles