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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/67

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JEAN RIVARD

— Le reste de la journée, peut-être,… mais ce qui m’inquiète, c’est que depuis bientôt six mois que nous sommes partis de Grandpré je n’ai pu lui adresser qu’une pauvre petite lettre, l’automne dernier. Tu sais que depuis le commencement de l’hiver je lui ai écrit une longue lettre chaque semaine, mais que faute d’occasion pour les lui envoyer elles sont encore toutes dans le tiroir de ma table. Si elle savait combien j’ai toujours pensé à elle, je suis sûr qu’elle m’en aimerait davantage ; mais elle ignore dans quel affreux isolement nous vivons, et elle peut croire que je l’ai oubliée. Tu sais combien elle est recherchée par tous les jeunes gens de Grandpré ; il ne tiendrait qu’à elle de se marier, et qui sait si elle ne l’est pas déjà ? Tiens, cette seule idée me bouleverse l’esprit…

— Moi, mon Empereur, je n’ai pas l’honneur d’être en connaissance avec Mademoiselle Louise Routier, mais je gagerai tout ce qu’on voudra qu’elle a trop d’esprit pour en prendre un autre, quand elle est sûre de vous avoir. Vous vous donnez des inquiétudes pour rien. D’abord, les garçons comme vous, Monsieur Jean, soit dit sans vous flatter, ne se rencontrent pas à toutes les portes ; c’est vrai que vous n’êtes pas aussi riche que beaucoup d’autres, mais vous le serez plus tard, parce que vous n’avez pas peur de travailler, et que, comme vous le dites tous les jours, le travail mène à la richesse. Ensuite, ce qui vous met au-dessus de tous les autres garçons qui vont chez le père Routier, c’est que vous avez de l’éducation, et qu’ils n’en ont pas ; vous pouvez lire dans tous les livres, vous pouvez écrire toutes sortes de jolies lettres, et vous savez comme les jeunes filles